Navigation


RSS: articles / comments



LE BAROQUE LATINO

Larguons les amarres à la conquête du " Nouveau Monde" Ce vaste territoire conquis,  par l'épée et la croix,  révèle bien des surprises.  La musique importée d'Europe,  vite assimilée par les amérindiens, laisse place à l'imagination  pour créer un art original mêlant le sacré et le profane. Le programme de cette saison est un hommage aux musicologues qui s'efforcent de retrouver, sauver et faire connaître les valeurs patrimoniales et artistiques du continent Sud-Américain. L'histoire de ces musiques, justement, c'est le retour à la conquête avide et sanguinaire d'un empire colonial par les Espagnols et Portugais de la fin du XVème siècle. Après les chevaux et les canons viendront les missionnaires dans le but avoué de« christianiser » ( la Couronne espagnole légitime ainsi la possession des colonies par la 'conversion des indigènes' ). Les missionnaires envoyés pour y faire oeuvre apostolique employèrent leur habileté musicale comme un outil de prédication.  Dans un premier temps, c'est la musique d'Eglise - celle pratiquée en Espagne - qu'ils imposent. Des partitions seront composées et imprimées dès le XVI ème siècle et des centaines d'oeuvres suivront. L'on peut imaginer classifier, d'une manière schématique , en trois genres suivant leur destination:
  • la musique des cathédrales

  • la musique des missions

  • la musique populaire ( assez anecdotique )

A La musique des cathédrales

Dans les églises et collèges tout neufs les enfants indiens sont initiés à la pratique du plain-chant, du contrepoint et des instruments.
Les cathédrales disposeront de choristes et instrumentistes professionnels.

Le niveau atteint faisait l'admiration en Espagne tant pour la qualité des oeuvres composées que des exécutions.

Les centres d'activités et d'archives sont situés à Guatemala city, Mexico, Puebla (Mexique), Lima et Cuzco (Pérou), Sucre (Bolivie), Santa Fé de Bogota (Colombie) ...

Parmi les compositeurs les plus remarquables de 1a 1ère période citons:Juan de Araujo, Roque Ceruti, Juan de Padilla, Domenico Zipoli ...

Bien que composant dans le style académique ils revivifiaient les anciennes formes avec les rythmes et couleurs de l'Amérique.

Dans une volonté didactique ils s'efforcent de simplifier le langage ( bon nombre de morceaux sont typés dans leur effectif limité à 4 voix mixtes accompagnées de 2 voix de violons et continuo).

Certaines tournures mélodiques, associées à des textes évangéliques, sont utilisées de manière récurrentes comme des refrains syllabiques.

Mais à d'autres moments, faste et apparat sont en symbiose avec l'architecture du baroque flamboyant.

B La musique des Missions

Comme nous l'avons dit celles-ci s'inscrivent dans un processus d'évangélisation.

Les missionnaires comprendront vite qu'ignorer la sensibilité et l'héritage des indiens n'était pas habile.
Les stratégies de catéchisation exigeaient l'adaptation des textes sacrés en langue locale.

La sensualité des rythmes de danse vient alléger la tradition puritaine de la Contre-réforme.  C'est ainsi que se développe le genre plus léger du VILLANCICO. Cette "chanson d'église " para-liturgique mélange les langues de toutes les populations de cette nouvelle société.

Des personnages représentatifs de toutes les classes parfois truculents sont mis en scène, improvisation et virtuosité s'y marient habilement.

L'attitude des autorités ecclésiastiques envers ces musiques aux allures deXacara, Negrilla et autres danses populaires fut étonnante.

Que des chansons au caractère si éloigné de la solennité religieuse aient pu faire partie du service liturgique surprend mais peut s'expliquer par le mélange du sacré et du profane. Au plus grave rituel suivaient la fête et la danse, les grandiloquentes polyphonies côtoyaient les villancicos, romances et danses.  La Nativité sera le sujet privilégié car il permet la diversion et l'atmosphère de joie. Des thèmes descriptifs seront les stéréotypes expressifs de la fête.  Les compositeurs qui contribuèrent au répertoire des missions ignorent délibérernent les complexités de la rhétorique baroque.  Ce langage au service d'un prosélytisme évident atteindra son but, attirer les foules aux manifestations religieuses.  Les missionnaires, par leur maîtrise des langues, collecteront une documentation considérable, véritable travaux d'anthropologie.  Malgré la dispersion après la dissolution des villages missionnaires (les réductions) nous avons conservés, grâce aux indiens, une grande partie de ces musiques.  Ce sont eux qui, par la transmission orale, par la conservation des manuscrits ont permis cette résurrection.  Ils iront jusqu'à s'approprier ce langage comme un symbole identitaire.

Yves Wuyts

 


News

Page  1 sur 23  > >>

Saturday 11 August 2018
Catégorie : Thème
Posté par : chdhtcmsmaster

Liens